Les cachets, le whisky, l'herbe. M'allonger. Je sais ce que je fais. Ne penser qu'à la méthode. Ne penser qu'aux gestes. Ne penser qu'à moi, ici, dans ce salon, à la bouteille, aux cachets. Juste moi. Le bouchon. Le tube. Ouvrir la bouche, poser les cachets sur ma langue, porter la bouteille à mes lévres. Avaler. Penser à la méthode. Rien d'autre. Pas à papa, pas à maman. Surtout pas. A mon humiliation. Tout seule, ici. Moi et mon humiliation. Je sais ce que je fais. Papa et maman comprendront. Peut être. Je me fous qu'ils comprennent ! Non.. Ne pas y penser. Ne penser à personne.
Aujourd'hui, c'est moi qui décide ! Je ne veux plus de cette vie. Elle est une torture, une insulte. C'est moi qui décide. Et je décide de la rejeter. Je suis le maître de la situation.
Et si le courage me manque, si je suis tenté de me lever, de tout arrêter, je penserai à lui. A lui qui est la vie et qui m'a repoussé. Pas aux autres, ceux qui font semblant de m'aimer, mais à lui qui ne m'aime pas, ne veut pas m'aimer. Ne veut même pas essayer. Sa peau satinée, ses yeux verts, son sourire. Son sourire ! Il est une caresse que sa beauté offre à ceux qui l'approchent. Il est devenu une douleur. Non, tout en lui m'a perdu, m'a entraîné dans cet abîme. L'abîme de la mort contre le vide de ma vie. Quelle différence ?
J'aurais préféré vivre. Thierry Cohen.